Les signes qui imposent le vétérinaire en urgence

La plupart des soucis de santé d’un chien peuvent attendre un rendez-vous le lendemain. Quelques-uns, non. Dans ces cas-là, une heure de retard change l’issue. Cet article liste les signes qui doivent vous faire prendre la voiture tout de suite, de jour comme de nuit.
Avant tout, un réflexe à prendre dès maintenant : enregistrez dans votre téléphone le numéro de votre clinique et celui du service de garde vétérinaire le plus proche. La nuit et le week-end, le répondeur de la plupart des cliniques indique le vétérinaire de garde. Chercher ce numéro au moment où le chien va mal fait perdre de précieuses minutes.
Le ventre qui gonfle : la torsion d’estomac
C’est l’urgence la plus redoutée chez les chiens de grand gabarit à poitrine profonde : berger allemand, dogue allemand, braque, setter, bouvier bernois, mais aussi les grands croisés. L’estomac se dilate de gaz puis pivote sur lui-même, ce qui coupe la circulation.
Les signes arrivent vite, souvent dans les heures qui suivent un repas : le chien est agité, tente de vomir sans rien rendre, bave, et son ventre se gonfle et devient dur comme un tambour. Il faut partir immédiatement. Sans chirurgie, le chien meurt en quelques heures.
Pour réduire le risque, fractionnez la ration en deux repas, évitez l’effort intense une heure avant et après le repas, et ne le laissez pas avaler sa gamelle en trente secondes (une gamelle anti-glouton aide).
Respirer mal, gencives pâles ou bleues
Un chien qui respire bouche ouverte au repos, avec effort, en tendant le cou, ou dont la langue et les gencives virent au bleu ou au gris, manque d’oxygène. Les causes sont variées (corps étranger dans la gorge, œdème, problème cardiaque, liquide dans le thorax), et toutes sont urgentes.
Des gencives très pâles, presque blanches, signalent une hémorragie interne ou une anémie grave, par exemple après une piroplasmose transmise par une tique. Elles justifient elles aussi un départ immédiat. Prenez l’habitude de regarder la couleur normale des gencives de votre chien, un rose franc, pour savoir la comparer.
Le coup de chaleur
Un chien évacue mal la chaleur : il ne transpire presque pas et compte sur le halètement. En voiture au soleil, même vitres entrouvertes, ou lors d’un effort en pleine chaleur, sa température peut dépasser 41 degrés en quelques minutes. Les races au nez écrasé (bouledogue, carlin, shih tzu) sont les plus vulnérables.
Les signes : halètement intense et bruyant, bave épaisse, langue très rouge, démarche chancelante, vomissements, puis effondrement. Mettez le chien à l’ombre, mouillez-le avec de l’eau fraîche (pas glacée), surtout le ventre, les aisselles et les coussinets, placez-le devant un courant d’air, et partez chez le vétérinaire en continuant à le rafraîchir. Même un chien qui semble récupérer peut faire des complications dans les heures suivantes.
L’intoxication
Un chien qui a avalé un produit ou un aliment toxique doit être vu vite, souvent avant l’apparition des premiers signes. Chocolat, raisins, xylitol, anti-limaces, raticides, médicaments humains (paracétamol, ibuprofène), antigel : l’article sur les aliments toxiques pour le chien détaille les plus fréquents.
Ne le faites pas vomir de vous-même avec de l’eau salée ou un autre remède maison : certaines substances brûlent une seconde fois en remontant, et l’eau salée est elle-même dangereuse. Appelez le vétérinaire en ayant sous la main l’emballage, la quantité approximative avalée et l’heure. Deux centres antipoison vétérinaires répondent aussi par téléphone, tous les jours de 8 h 30 à minuit : le CNITV à Lyon, au 04 78 87 10 40, et le CAPAE-Ouest à Nantes, au 02 40 68 77 40.
Les autres situations qui ne doivent pas attendre
Plusieurs signes, moins spectaculaires, relèvent aussi de l’urgence :
- des convulsions qui durent plus de quelques minutes ou se répètent dans la journée ;
- un traumatisme, même si le chien se relève et paraît aller bien après un choc avec une voiture, une chute ou une bagarre (les lésions internes se révèlent parfois plus tard) ;
- un mâle qui force pour uriner sans y parvenir ;
- des vomissements ou des diarrhées répétés, surtout avec du sang, chez un chiot, qui se déshydrate très vite ;
- une piqûre d’insecte ou un contact avec des chenilles processionnaires dans la gueule, qui peuvent faire gonfler la langue et la gorge ;
- une morsure de vipère, reconnaissable à un gonflement rapide et douloureux, souvent sur la tête ou une patte ;
- une chienne en train de mettre bas qui pousse depuis plus d’une demi-heure sans qu’un chiot sorte.
Ce qu’il faut éviter en attendant
Ne donnez jamais un médicament humain pour soulager la douleur : le paracétamol et l’ibuprofène sont toxiques pour le chien, même à petite dose.
Un chien qui souffre peut mordre, y compris son maître. Manipulez-le avec douceur, et si nécessaire posez une muselière ou une bande de tissu autour du museau, sauf s’il a du mal à respirer ou qu’il vomit.
Pour le transport, un chien blessé se déplace sur une surface rigide ou une couverture tendue, en bougeant le moins possible la colonne vertébrale.
La trousse de premiers secours
Une petite trousse, dans la voiture ou le sac de randonnée, évite de rester démuni. Elle tient dans une pochette :
- des compresses stériles et une bande de gaze pour faire un pansement compressif sur une plaie qui saigne ;
- un désinfectant sans alcool, en unidoses ;
- une bande cohésive, qui colle sur elle-même sans coller aux poils ;
- un tire-tique et une pince à épillets ;
- une paire de ciseaux à bouts ronds ;
- une couverture de survie ;
- une muselière adaptée ou une bande de tissu ;
- le carnet de santé, ou une photo des pages principales, avec le numéro du vétérinaire.
Une trousse ne remplace pas une consultation. Elle permet de stabiliser le chien le temps d’arriver chez le vétérinaire, et de ne pas aggraver une blessure en bricolant avec ce qu’on a sous la main.
Le coût d’une urgence
Une consultation de garde coûte nettement plus cher qu’une consultation de jour, souvent entre 80 et 200 euros selon l’heure et la région, avant les examens et les soins. Une chirurgie de torsion d’estomac ou une hospitalisation de plusieurs jours atteignent vite 1 500 à 3 000 euros. C’est précisément pour ce genre de facture que certains maîtres souscrivent une assurance : l’article sur l’assurance santé pour chien aide à choisir un contrat qui couvre bien l’accident et la chirurgie.
Dans le doute, appelez. Un vétérinaire préfère un coup de téléphone pour rien à un chien qui arrive trop tard.


