Les aliments toxiques pour le chien

Un chien mange ce qui tombe, ce qui traîne sur la table basse et ce qu’on lui tend en cachette sous la table. La plupart des aliments humains lui donnent au pire une diarrhée. Quelques-uns, présents dans toutes les cuisines, peuvent le tuer. Les centres antipoison vétérinaires reçoivent chaque année des milliers d’appels pour des chiens intoxiqués par un aliment.
Voici ceux qu’il faut connaître, classés par gravité et par fréquence.
Le chocolat
C’est l’intoxication alimentaire la plus fréquente, avec un pic prévisible à Noël et à Pâques. Le chocolat contient de la théobromine et de la caféine, deux substances que le chien élimine très lentement.
La dangerosité dépend du type de chocolat. Plus il est noir, plus il est riche en théobromine : le chocolat noir et le chocolat pâtissier sont de loin les plus toxiques, le chocolat au lait l’est beaucoup moins, et le chocolat blanc n’en contient presque pas. Une tablette de 100 grammes de chocolat noir peut suffire à intoxiquer gravement un chien de dix kilos.
Les premiers signes apparaissent en quelques heures : vomissements, agitation, soif, urines abondantes, cœur qui s’emballe. Aux doses fortes viennent les tremblements et les convulsions.
Le raisin, frais ou sec
Le raisin et les raisins secs peuvent provoquer une insuffisance rénale aiguë. Leur particularité est d’être imprévisibles : certains chiens en mangent une grappe sans conséquence, d’autres tombent malades après quelques grains. On ne connaît pas de dose sans danger. L’acide tartrique est aujourd’hui soupçonné d’être en cause, sans que la question soit tranchée.
Pensez aux formes cachées : pain aux raisins, cake, muesli, pâtisseries, jus de raisin. Tout raisin avalé justifie un appel au vétérinaire, même si le chien va bien.
Oignon, ail, poireau, échalote
Ces légumes de la famille des alliacées détruisent les globules rouges du chien et provoquent une anémie. Le danger existe qu’ils soient crus, cuits, séchés ou en poudre, et il s’accumule : de petites quantités répétées pendant plusieurs jours peuvent suffire.
Les restes de table sont la source habituelle : sauce, soupe, quiche, plat mijoté, aliments pour bébé assaisonnés à l’oignon. Les signes (fatigue, gencives pâles, urines foncées) apparaissent parfois plusieurs jours après, ce qui rend le lien difficile à faire.
Le xylitol
Le xylitol est un édulcorant présent dans les chewing-gums et bonbons sans sucre, certains dentifrices, certains beurres de cacahuète et des pâtisseries « sans sucre ajouté ». Chez le chien, il déclenche une libération massive d’insuline et une chute brutale de la glycémie, en trente minutes à une heure. À plus forte dose, il détruit le foie.
Quelques chewing-gums suffisent pour un petit chien. Le sac à main posé par terre, la poche de manteau et la poubelle de la salle de bains sont les pièges classiques.
Les autres aliments à tenir hors de portée
Les noix de macadamia provoquent faiblesse des pattes arrière, tremblements et fièvre. Les troubles passent en général en un ou deux jours, mais le chien doit être vu.
L’alcool et la pâte à pain crue sont dangereux pour la même raison : la pâte continue à lever dans l’estomac, le distend, et sa fermentation produit de l’alcool.
La caféine du café, du thé ou des boissons énergisantes agit comme la théobromine du chocolat.
Les os cuits, surtout de volaille, se brisent en éclats pointus qui blessent l’intestin. Les noyaux de pêche ou d’abricot et les épis de maïs provoquent des occlusions qui finissent au bloc opératoire.
L’avocat est surtout un problème de noyau, qui peut bloquer l’intestin ; sa chair est bien moins dangereuse pour le chien que pour d’autres animaux, mais mieux vaut s’en abstenir.
Le lait, enfin, n’est pas toxique, mais beaucoup de chiens adultes digèrent mal le lactose et font des diarrhées.
Ce qu’il faut faire s’il en a mangé
Gardez l’emballage, estimez la quantité avalée et notez l’heure. Appelez tout de suite votre vétérinaire ou le vétérinaire de garde. Deux centres antipoison vétérinaires conseillent aussi par téléphone, tous les jours de 8 h 30 à minuit : le CNITV à Lyon, au 04 78 87 10 40, et le CAPAE-Ouest à Nantes, au 02 40 68 77 40.
Si l’ingestion remonte à moins de deux heures environ, le vétérinaire peut faire vomir le chien avec un médicament adapté, ce qui évite souvent toute complication. Ne tentez pas de le faire vomir vous-même avec de l’eau salée : le sel en grande quantité est lui-même toxique. N’attendez pas non plus l’apparition des symptômes, qui arrivent parfois quand il est trop tard pour limiter l’absorption. D’autres situations qui imposent de partir sans attendre sont décrites dans l’article sur les urgences vétérinaires.
Au-delà de la cuisine : les produits de la maison
Les intoxications ne viennent pas que de l’assiette. Plusieurs produits courants, dans le garage, le jardin ou la salle de bains, sont encore plus dangereux.
Les anti-limaces à base de métaldéhyde provoquent tremblements et convulsions en moins d’une heure. Les granulés ressemblent à des croquettes, et les chiens les mangent volontiers.
Les raticides anticoagulants sont trompeurs : le chien paraît en pleine forme pendant plusieurs jours, puis saigne de l’intérieur. Un antidote existe, à condition de consulter tôt.
L’antigel, à base d’éthylène glycol, a un goût sucré qui attire les chiens. Quelques gorgées suffisent à détruire les reins.
Les médicaments humains sont une cause fréquente d’intoxication : paracétamol, ibuprofène, antidépresseurs, médicaments pour le cœur, comprimés tombés par terre ou plaquettes mâchonnées.
Enfin, plusieurs plantes d’intérieur et de jardin sont toxiques si le chien les mâche : laurier-rose, if, muguet, dieffenbachia, azalée, bulbes de tulipe et de jonquille.
Prévenir plutôt que soigner
La prévention tient à quelques habitudes. Ne rien laisser traîner sur une table basse à hauteur de truffe. Une poubelle à couvercle, ou dans un placard. Expliquer aux enfants et aux invités pourquoi on ne donne pas de restes. Ranger les sacs à main en hauteur.
Apprenez aussi à votre chien à lâcher ce qu’il a dans la gueule contre une récompense, et à ne pas se servir sans autorisation. C’est un exercice d’éducation comme un autre, et il peut lui sauver la vie.
Si vous aimez partager votre cuisine avec lui, faites-le avec des aliments sûrs : un morceau de carotte, de courgette ou de pomme sans pépins, un peu de riz ou de viande nature. L’article sur la ration ménagère explique comment cuisiner pour un chien sans créer de carences. Et si ces petits extras deviennent réguliers, retirez-les de sa ration : la méthode est dans l’article quelle quantité de croquettes par jour.


