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Vivre avec un chien, côté pratique

Alimentation

Ration ménagère ou BARF : ce que ça demande vraiment

Une gamelle de poulet cuit, riz, carottes et haricots verts sur une table en bois, une truffe de chien entre dans le cadre

De plus en plus de maîtres délaissent les croquettes pour cuisiner eux-mêmes, ou pour nourrir leur chien de viande crue selon la méthode BARF. Les motivations se comprennent : savoir ce qu’il y a dans la gamelle, éviter les produits industriels, offrir un repas qui ressemble à un repas. Ces deux approches peuvent très bien fonctionner, à une condition que beaucoup sous-estiment : l’équilibre ne s’improvise pas.

La ration ménagère : cuisiner pour son chien

La ration ménagère est un repas préparé à la maison et cuit. On y trouve en général une source de protéines (viande, poisson, œuf), un féculent (riz, pâtes, pomme de terre), des légumes, une huile, et surtout un complément minéral et vitaminé.

Ce complément est le point que tout le monde oublie. La viande est riche en phosphore et pauvre en calcium. Un chien nourri de viande, de riz et de légumes, même de très bonne qualité, finit carencé en calcium, en vitamine D, en certains oligo-éléments. Chez un chiot, la carence en calcium déforme les os en quelques mois.

Le problème est bien documenté. Une étude de l’université de Californie à Davis, publiée en 2013, a analysé 200 recettes pour chiens trouvées dans des livres et sur internet : la très grande majorité présentait au moins une carence importante, et certaines en cumulaient plusieurs. Beaucoup étaient pourtant écrites par des vétérinaires.

La solution passe par une ration calculée pour votre chien, son poids, son âge, son activité, ses éventuelles maladies. Les vétérinaires nutritionnistes et certaines écoles vétérinaires proposent ce service, en consultation ou à distance, pour une centaine à deux cents euros. La recette obtenue vaut pour des années.

Le BARF : la viande crue

BARF signifie à l’origine Bones and Raw Food, des os et de la nourriture crue. Le chien reçoit de la viande crue, des os charnus, des abats (foie, rein, cœur), parfois des légumes mixés et des huiles. L’idée est de se rapprocher de ce que mangerait un canidé sauvage.

Ses défenseurs mettent en avant un poil plus brillant, des selles plus petites, des dents plus propres et un chien qui prend plaisir à manger. Ces effets sont souvent observés par les maîtres, mais peu d’études sérieuses les ont mesurés, et les dents propres ne dispensent pas d’un contrôle dentaire.

Les risques, eux, sont documentés. La viande crue peut contenir des salmonelles, des listérias, des souches d’E. coli résistantes aux antibiotiques, et des parasites. Le chien peut en être porteur sans être malade, et les excréter dans la maison, ce qui compte avec de jeunes enfants, une femme enceinte ou une personne immunodéprimée dans le foyer. Les os entiers peuvent casser une dent, se coincer dans l’œsophage ou provoquer une occlusion. Et le déséquilibre calcium-phosphore guette ici aussi, dans l’autre sens si la part d’os est trop grande.

Si vous choisissez le BARF malgré tout, faites congeler la viande plusieurs jours avant usage pour réduire les parasites, lavez les surfaces et les mains comme pour de la volaille crue, évitez les os porteurs et les os cuits, et faites vermifuger le chien plus souvent, comme le recommande l’article sur le calendrier des antiparasitaires.

Ce que ça coûte

Une alimentation maison revient presque toujours plus cher qu’une croquette de milieu de gamme. Pour un chien de vingt kilos, la ration ménagère tourne souvent entre 60 et 120 euros par mois selon les ingrédients, et le BARF dans une fourchette comparable ou supérieure si l’on achète des préparations toutes prêtes. Les croquettes de qualité correcte coûtent en général entre 30 et 70 euros par mois pour le même chien.

Il faut ajouter le complément minéral, la consultation de formulation, et un congélateur suffisamment grand pour le BARF.

Ce que ça demande en temps

Cuisiner pour un chien prend du temps : les courses, la préparation, la pesée, la congélation en portions. Beaucoup de maîtres cuisinent une fois par semaine ou par quinzaine et congèlent. Il faut aussi prévoir une solution pour les vacances, la pension ou le dogsitter, qui n’aura pas toujours la possibilité de suivre le protocole.

La régularité compte : une ration équilibrée qu’on modifie au gré des envies (« il n’y avait plus de poulet, j’ai mis du jambon ») ne l’est plus. Le jambon, trop salé, fait d’ailleurs partie des aliments à éviter, avec d’autres plus dangereux listés dans l’article sur les aliments toxiques pour le chien.

Passer d’une alimentation à l’autre

Quel que soit le sens du changement, des croquettes vers la ration maison ou l’inverse, la transition doit être progressive. Le système digestif du chien s’adapte lentement à une nouvelle alimentation, et un changement brutal provoque presque toujours des diarrhées ou des vomissements.

La méthode classique s’étale sur sept à dix jours. Les premiers jours, un quart de nouvelle alimentation et trois quarts de l’ancienne. Puis moitié-moitié. Puis trois quarts de nouvelle. Enfin la nouvelle seule. Chez un chien au ventre sensible, allongez chaque étape.

Pendant cette période, surveillez les selles, qui sont le meilleur indicateur : elles doivent rester moulées. Des selles molles pendant un ou deux jours sont courantes, une diarrhée qui dure ou qui contient du sang ne l’est pas.

Surveillez aussi le poids dans les semaines qui suivent. Une ration maison est souvent plus ou moins calorique qu’on ne le croit, et l’écart se voit sur la balance au bout d’un mois.

Une voie intermédiaire

Rien n’oblige à choisir tout l’un ou tout l’autre. Beaucoup de maîtres donnent une croquette complète de bonne qualité comme base, et y ajoutent un peu de viande ou de légumes cuits, en réduisant la ration de croquettes d’autant. Tant que l’ajout reste en dessous de 10 à 15 % de l’énergie quotidienne, l’équilibre de l’aliment complet n’est pas compromis.

Pour choisir cette croquette de base, l’article sur la lecture d’une étiquette donne les repères utiles.

Quelle que soit la formule, le juge reste le chien : son poids, son poil, ses selles, son énergie, et ses analyses sanguines lors de la visite annuelle. Un chien nourri maison devrait passer un bilan chaque année, car les carences s’installent sans bruit, et se voient parfois trop tard.

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